CAMBODGE - L'ARTÈRE DE VIE DE TUOL KORK
Après la chute du régime khmer rouge en janvier 1979, Phnom Penh se repeuple. Dans le secteur ferroviaire de Tuol Kork, des terrains sont d’abord attribués à des employés du chemin de fer. À partir du milieu des années 1980, certaines parcelles sont subdivisées ou revendues et d’autres familles, souvent pauvres, viennent progressivement s’installer le long des voies. Au fil des décennies, les habitations se densifient et un véritable quartier prend forme autour d’une artère de vie : la voie ferrée.
Ici, la vie s’organise au plus près des rails. Maisons de bois et de tôle, petits commerces, vendeurs ambulants et activités informelles composent le quotidien. Les enfants jouent sur la voie. Les edjaïs parcourent la ville, collectent et trient ce qu’elle rejette. D’autres vivent de petits métiers qui constituent souvent une véritable planche de salut. Malgré des conditions de vie rudimentaires, le quartier vit, travaille et grandit autour du chemin de fer.
La voie reste active. Les trains traversent cet espace habité ; les rails redeviennent ensuite passage, terrain de jeux et lieu de vie. Cette cohabitation entre infrastructure ferroviaire et habitat donne au quartier son rythme singulier.
Mais cette installation reste fragile. Dès le début des années 1990, des habitants vivant sur les terrains ferroviaires sont déjà menacés d’expulsion. Les projets immobiliers, la réhabilitation du réseau et la pression foncière entretiennent ensuite cette incertitude pendant des décennies. Lorsque je photographie Tuol Kork entre 2019 et janvier 2020, cette crainte fait depuis longtemps partie des conversations.
En août 2020, un nouvel ordre de déplacement touche des familles afin de permettre la construction d’une route et d’un système de drainage le long de la voie. Certaines refusent les solutions proposées loin de Phnom Penh, trop éloignées de leur travail et des écoles. En 2022, plusieurs communautés ferroviaires obtiennent des parcelles de compensation, tandis que d’autres familles restent sans solution définitive. En 2025 encore, des habitants vivant le long des rails réclament des titres fonciers et disent craindre de nouvelles expulsions.
![]() Tuol Kork, Phnom Penh. Les habitations s’alignent au plus près des rails qui traversent le quartier tel une artère de vie. Ici, le quotidien s’articule le long de la voie ferrée encore en service. | ![]() Tuol Kork, Phnom Penh. Les habitations s’alignent au plus près des rails qui traversent le quartier tel une artère de vie. Ici, le quotidien s’articule le long de la voie ferrée encore en service. | ![]() Tuol Kork, Phnom Penh. Des amas de déchets au cœur du quartier sont des opportunités de survie. À quelques mètres des habitations précaires, les immeubles qui s’élèvent en arrière-plan témoignent des transformations rapides de la capitale. |
|---|---|---|
![]() Tuol Kork, Phnom Penh. Une communauté est installée de part et d’autre de la voie ferrée. Les habitations précaires se serrent au plus près de la ligne, où la vie quotidienne s’organise autour du passage des trains et des petits métiers informels. | ![]() Hoa, veuve, attend le retour de sa fille Linh et ses deux petites filles parties collecter les déchets. Sa famille est une histoire de femmes. Son gendre dont elle n’a plus de nouvelles est repartit à Ho Chi Minh Ville. | ![]() Tuol Kork, Phnom Penh. Linh trie les déchets et rassemble des matériaux récupérés près de son habitation. Pour de nombreuses familles du quartier, la collecte et la revente des déchets constituent une activité quotidienne et une source de revenus indispensable. |
![]() Tuol Kork, Phnom Penh. les enfants jouent sur les rails, au milieu des déchets et des sacs de récupération. La voie n’est pas désaffectée : elle appartient au réseau ferroviaire en service pour relier la gare ferroviaire à l’aéroport international de Pochentong . Ici, la voie ferrée devient un terrain de jeux pour des enfants. | ![]() Dans cet entrepôt, les déchets collectés dans le quartier sont triés, regroupés et stockés avant d’être revendus puis acheminés vers des filières de traitement. Derrière l’apparente anarchie des tas de matériaux, toute une chaîne de récupération et de recyclage est organisée. | ![]() Linh effectue son dernier voyage de la journée en direction de l’entrepot de collecte de déchets. La fille de Hoa est une edjaï. Elle parcourt le quartier avec un grand sac de riz utilisé pour collecter les matériaux recyclables. Cartons, plastiques, bouteilles ou canettes sont ensuite triés puis revendus à des intermédiaires. Pour nombre de chiffonniers, cette collecte constitue une source de revenus essentielle. |
![]() Les petits métiers ambulants sont légion dans les quartiers populaires de la capitale. Serrurier et tailleur de clés, Nam, arpente les rails à vélo en faisant tinter les enceintes de sa caisse des bruits de clé et de ferailles pour prévenir de son passage. | ![]() Dès le début de l’après-midi, les hommes se retrouvent en petits groupes pour partager des petites bouteilles d’eau qui dissimulent du rhum ou du vin de palme. L’alcool et les solvants sont un fléau le long de la voie. | ![]() Tuol Kork, Phnom Penh. Malgré la précarité des conditions de vie, l’école reste présente dans le quotidien de certaines familles ; son accès demeure difficile pour de nombreux enfants. certains sont pris en charge par des associations qui financent l’accès à l’éducation et fournissent les uniformes obligatoires. |
![]() Tuol Kork, Phnom Penh. Des enfants comparent et s’échangent des cartes à collectionner. Dans un quartier marqué par la précarité, ce jeu banal recrée, l’espace d’un instant, un quotidien d’enfants presque ordinaire. | ![]() Tuol Kork, Phnom Penh. Trang dans son fauteuil roulant financé par une ONG explique : “Je suis diabétique. J’ai été amputée d’une jambe après des complications de la maladie. ” Elle ajoute ne pas pouvoir acheter régulièrement les médicaments nécessaires et craint désormais pour son autre jambe. Dans les quartiers pauvres de Phnom Penh, des organisations comme MoPoTsyo tentent de secourir les malades les plus démunis. Le coût des médicaments et des analyses restent un obstacle majeur pour la plu | ![]() Tuol Kork, Phnom Penh. Le dernier train de la journée traverse le quartier avant que la voie ne change de visage. À la nuit tombée, les rails et leurs abords deviennent le territoire d’une autre vie, plus précaire et plus dangereuse, où l’alcool et les solvants font partie du décor. |
![]() Le soir, les marchandes proposent des soupes pour un dollar. Elles installent leurs restaurants ambulants entre deux trains. Le reak, la palanche traditionnelle khmère, sert à déplacer rapidement toute la cuisine rapidement et sans risque de brûlure. | ![]() Malgré l’insécurité, quelques boutiques restent ouvertes après la tombée de la nuit. Ces petites échoppes permettent de maintenir une vie digne d’un quartier populaire. | ![]() Tuol Kork, Phnom Penh. Alors que la journée s’achève, le quartier entre dans l’heure du capharnaüm. Motos, tuk-tuks, vendeurs ambulants et piétons se croisent sur les rails tandis qu’un train approche. Ici, la voie ferrée n’est jamais seulement une infrastructure : elle est rue, marché, passage, terrain de jeux et artère de vie. Depuis près de quarante ans, des familles ont construit leur quotidien autour d’elle. Reste à savoir combien de temps cette vie pourra encore tenir face à la transformat |


















